IE, mon amour

L’application des concepts clés de l’intelligence économique à l’art ancestral de la séduction, une  absurdité ? Pas si sûr…

L'amour_São_Paulo_March_2012-12

Crédit : D. R.

Après un brainstorming créatif des plus sérieux au bar des Fontaines, me voici quelques cocktails plus tard frappée par une idée absolument révolutionnaire : et si la meilleure façon de faire comprendre l’intelligence économique à mes amis était de la mettre au service de l’amour ? Car à l’heure de la « société 2.0 » la conquête des marchés comme la conquête des coeurs repose nécessairement sur le maniement subtil d’une matière première commune : l’information.

Du récit d’une histoire d’amour ordinaire…

Vendredi 21 novembre, 19h… Ça y est le pas est franchi, les barrières tombent et au diable les qu’en-dira-t-on : Guillemette  a enfin décidé de s’inscrire sur un site de rencontre. Le formulaire délirant qui s’affiche sous ses yeux lui fait prendre conscience que le succès de son profil dépendra de quelques mots judicieusement choisis : c’est ce que l’on appelle de la « communication stratégique ».

Bien entendu, elle se garde bien de parler de sa passion pour les pandas roux, de sa collection de santons, ou du montant disponible sur son PEL (25 euros), réalisant par là une forme de « protection de l’information stratégique ».

Quelques jours plus tard… Guillemette a obtenu des dizaines de réponses. Après un balayage rapide des candidats, deux prétendants sortent du lot : Benoit, jeune trentenaire fringuant, professeur de kitesurf à Plouerec, et Frédéric, 28 ans, propriétaire d’un magasin de santons dans le Marais.

A l’issue de quelques heures frénétiques passées à « googler », « facebooker » et « linkediner » les deux candidats, Guillemette renonce à rencontrer Benoit choquée par plusieurs photos de lui le mettant en scène aux côtés d’un panda roux visiblement victime de son amour des parties de chasse exotiques. Si Benoit a été la victime ignorante de son « e-reputation », Frédéric, lui, semble bien sous tous rapports. Elle décide de le rencontrer. Voici un exemple frappant de « validation de partenaire ».

6 mois plus tard…Frédéric en est sûr, Guillemette “is THE ONE”. Décidé à se faire passer la bague au doigt malgré les réticences de Guillemette, il élabore une « stratégie d’influence » particulièrement subtile auprès de sa belle en laissant trainer innocemment des exemplaires de Mariée magazine partout dans l’appartement.

Agacée par ce « lobbying » permanent, Guillemette finit par avouer à Frédéric qu’elle ne pourra jamais se marier avec quelqu’un qui ne partage pas sa passion pour les pandas roux. Belle action de « désinformation » car elle entretient en réalité depuis quelques semaines une relation discrète avec Benoit, croisé par hasard au zoo de Vincennes.

… à la compréhension des concepts de l’IE

Les aventures de Guillemette ont mis en lumière les trois besoins fondamentaux qui animent notre matière : le besoin de savoir, le besoin de se protéger, et le besoin d’influencer (autrement dit : l’art d’obtenir ce que l’on veut).

Ainsi, la prochaine fois que la mention de votre activité provoquera un regard vide (“ça a l’air ch…t,  son truc”) ou une débauche de fantasmes (“grosso modo c’est des mecs comme toi qui ont révélé l’affaire Snowden quoi ? Est-ce que ton stylo a des fonctions inhabituelles ? On est sur écoute là, tout de suite, maintenant ? T’es sûre ?”), appelez nos trois compères à la rescousse !

Advertisements