Le sport : une histoire d’influence et de contre-influence

Le sport n’est pas qu’un terrain d’expression des sportifs, c’est également un terrain d’expression de la politique internationale.

Crédit : D. R.

En 1984, l’historien français Pierre Milza écrivait : « phénomène de masse, étendu de nos jours à l’échelle de la planète, traversé par toutes les idéologies du siècle, indicateur de la puissance et du déclin des nations, tantôt révélateur tantôt manipulateur du sentiment public, intégré aux stratégies offensives ou défensives des états, substitut de la guerre et instrument de la diplomatie, le sport est au centre de la vie internationale », mais aussi « une composante, un reflet de la vie internationale », et « un moyen de la politique étrangère ». Le sport est un puissant relais de diffusion de l’information et d’action, d’autant plus que les spectateurs s’identifient à leurs champions. Ces champions deviennent des symboles d’unité d’une nation, de cohésion sociale.

De fait, ils sont un puissant relais d’influence et d’engagement. À l’instar du rugby gallois ou écossais, le sport participe à la consolidation, voir à la construction, de l’identité nationale. De plus, le sport est universel, et il est une étape pour certaines nations vers leur reconnaissance internationale. Pour les Jeux de Londres de 2012, 204 nations étaient représentées, provenant de toutes les régions du monde, alors que l’ONU ne recoupait officiellement que 193 états. Pierre de Coubertin, pour justifier cette décision, expliquait que : « Une nation n’est pas forcément un État indépendant, et il existe une géographie sportive qui peut différer parfois d’avec la géographie politique ».

Une représentation de cette influence du sport utilisée par une nation pour s’affirmer sur la scène internationale est l’évolution du Qatar dans ce domaine. Le Qatar, depuis quelques années, investit dans beaucoup de sports à fortes retombées médiatiques, notamment pour diversifier son économie. Ainsi, le football (par le biais de l’acquisition du Paris Saint-Germain), le tennis (par l’organisation du tournoi de Doha), le cyclisme (par l’organisation du Tour du Qatar) et d’autres sports, sont utilisés par le Qatar comme support d’influence à sa stratégie de reconnaissance par la communauté internationale de son importance.

Consacrer la montée en puissance d’un pays

En se positionnant sur tous ces sports, le Qatar pourra bientôt se revendiquer comme une terre de sports. Depuis 2012, la chaîne BeIn Sport, vitrine d’Al-Jazeera, réseau d’information multilingue qatari, a conquis le marché de la télévision française dans le domaine du sport. L’objectif du Qatar est d’utiliser la médiatisation des sports afin de s’exposer médiatiquement au niveau mondial, obtenir des retombées économiques, disposer d’installations dernier cri, acquérir une place sur l’échiquier géopolitique mondial et développer le tourisme.

Audiences-TV-France-3-leader-avec-les-JO-devant-TF1-et-Tout-le-monde-aime-la-France_portrait_w532Comme l’explique Pascal Boniface, géopolitologue français, s’agissant de la Chine, organisatrice  des Jeux olympiques de Pékin en 2008, « les JO sont l’occasion de consacrer aux yeux du monde la montée en puissance de leur pays, qualifié d’émergent pacifique. […] La Chine veut faire des Jeux olympiques une vitrine dans laquelle le monde va l’admirer. Les cercles des dirigeants et la population chinoise en tirent une grande fierté ». Quelle puissance émergente fera le prochain pas dans l’utilisation du sport comme moyen d’influence ?

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