La veille stratégique entre segmentation et inclusion

Segmenter les besoins d’informations stratégiques pour éviter les fuites ou les confier dans leur globalité aux veilleurs pour améliorer les résultats de leur travail ? Un dilemme qui tétanise un grand nombre d’entreprises. 

Crédit : H9Stock

Crédit : H9Stock

Outre les indispensables logiciels, la mise en place d’une veille dépend de choix humains.  La question du caractère inclusif ou segmenté de la structure se pose alors. Le veilleur fait-il remonter de l’information mécaniquement, sans vraiment savoir s’il elle est adaptée et utile ? A l’inverse, est-il au fait des priorités stratégiques et s’imprègne-t-il des enjeux majeurs de l’entreprise afin d’optimiser ses recherches ?

Le décloisonnement comme oxygénation managériale

On sait que la segmentation érigée en mode de fonctionnement est une caractéristique majeure des services de renseignements, afin d’éviter qu’un échelon donné en « sache trop » et que seule une petite équipe décisionnelle garde la vision d’ensemble.

A moins d’être motivé par une indispensable confidentialité, la segmentation de l’information en entreprise conduit à une absence de vision globale et s’apparente à un manque d’oxygène pour le veilleur, qui peine alors à comprendre les subtilités de l’environnement dans lequel il évolue. S’il manque d’informations, le veilleur peine à saisir le sens et l’utilité de son travail. A l’inverse, sa motivation sera renforcée par une bonne compréhension des enjeux de sa structure, et donc des exigences et objectifs de sa veille.

L’immuable problème d’un activité de veille est la largeur du spectre qui lui est attribué. Si mieux vaut trop de résultats que pas assez, le risque est  d’être submergé par des signaux multiples dont on peine à établir la fiabilité et l’utilité, au risque de passer à côté d’une information capitale. Dans cette situation, la compréhension de la structure décuple la faculté à trier et hiérarchiser les résultats. On comprend donc qu’en amont de son activité, le veilleur se doit d’être au fait du potentiel opérationnel de son activité afin d’adopter une approche résolument qualitative.

Une conception utilitariste de l’information

Le renseignement sans finalité, direction, ni stratégie est aride et stérile. Il faut veiller à valoriser les informations, en les recoupant et en les replaçant dans leur contexte et bien sûr en éliminant les répétitions et données inutiles. L’information doit ainsi être considérée comme une matière première dont l’abondance semble parfois inversement proportionnelle à la pertinence.  Au-delà même de la veille, l’IE en entreprise doit impérativement conjuguer différentes temporalités afin de repérer les tendances structurelles sans omettre les signaux faibles.

Par analogie photographique, la réalité d’une situation s’apparente à un empilement de filtres (juridique, politique, technologique, médiatique). Dès lors, si le veilleur est seul dans sa structure et qu’il est le principal vecteur de diffusion d’informations externes, il devra se soucier de proposer un contenu très inclusif, au risque de rater des opportunités/risques du fait d’une délimitation trop restrictive. On comprend donc qu’un tel veilleur doive impérativement être très au fait des orientations de son entreprise par une inclusion dans les boucles d’information. La qualité d’une veille, dont la vocation est le rapport de l’information externe, dépend donc de la fluidité et de l’accessibilité de l’information interne.

(Article rédigé initialement en avril 2015)

Publicités