Petits espionnages entre amis

La frontière entre intelligence économique et espionnage est, quoi qu’on en pense, très mince. Plongée de l’autre côté de la barrière.

Crédit : Unsplash / Pixabay (CC0).

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Recourir aux services de renseignements pour le compte de grandes entreprises, ça ne se fait pas, c’est vrai. Surtout entre « amis ». Les cas révélés au grand public sont de plus en plus nombreux (merci Wikileaks), ce qui permet à chacun de plus ou moins s’offusquer, crier au loup, s’insurger vent debout devant le manque de moralité apparent de nos « amis » américains ou allemands, ou vice et versa.

Dernier exemple en date impliquant des entreprises françaises et européennes : celui de la BND (Bundesnachrichtendienst, services secrets allemand) qui a espionné, via le réseau du groupe de télécommunication allemand Deutsche Telekom, de hauts fonctionnaires et hauts responsables d’entreprises françaises et européennes pour le compte de la NSA (National Security Agency, services secrets américains).

Un contrat entre Deutsche Telekom, le BND et la NSA a même été signé le 1er mars 2004. Depuis cette date, Deutsche Telekom « s’engage à intercepter, à l’insu des câblo-opérateurs, tels que France Télécom, le flux massif de données de communications transitant sur son territoire. » Pas très légal.

Le problème, c’est que le monde du renseignement obéit à ses propres règles et s’est progressivement affranchi du contrôle politique. Preuve de bonne foi, le gouvernement allemand a dépêché une enquête parlementaire pour faire « toute la lumière » sur cette affaire. A en croire la presse allemande, la chancellerie était visiblement au courant depuis 2008 de ces affaires d’espionnage par la NSA et n’a pas agi à l’encontre.

Écouter ses amis… ça ne se fait pas !

Selon Wikileaks, « l’espionnage français est tellement répandu que les dégâts qu’il provoque pour l’économie allemande, dans leur totalité, sont plus importants que les dégâts provoqués par la Chine ou la Russie. » La vengeance est un plat qui se mange froid. C’est peut-être pour cette raison que Paris fait profil bas. Côté français, on ne tient pas officiellement rigueur de l’incartade allemande. Le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, assurant même que « l’amitié franco-allemande dépassera et dépasse largement ces informations, faut-il encore qu’elles soient confirmées. »

Finalement, même si le monde du renseignement obéit à ses propres règles, l’opinion publique reste le seul juge du politique. Ainsi, l’opinion allemande, déjà très sensible à la préservation des données personnelles, a ardemment réagi à l’affaire des écoutes téléphoniques de la Chancelière Angela Merkel par la NSA en 2013. Idem pour cette nouvelle affaire impliquant de nombreux pays européens. Le paradoxe demeure puisque la chancelière réagissait ainsi en octobre 2013 : « Ecouter ses amis, ça ne se fait pas ».
(article initialement rédigé en juillet 2015)

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