Esprit de l’intelligence économique, es-tu là ?

Le consultant en intelligence économique est (trop) souvent confronté à la question de la définition de son métier. Pour tenter d’y répondre, l’intelligence collective historique peut nous être d’un grand secours.

L'Ecole d'Athènes

L’Ecole d’Athènes par Raphaël, 1511 (domaine public)

Protéiforme, l’intelligence économique n’est pas aisée à définir. Qui s’est essayé à cet exercice sait qu’il est acrobatique d’expliquer de quoi il retourne tout en maintenant un haut niveau d’intérêt chez son interlocuteur. Or, l’intelligence économique est un état d’esprit. Et de l’esprit, certains de nos ancêtres n’en manquaient pas. Faisons donc appel à leurs mots les plus fins pour caractériser, si ce n’est précisément, du moins de façon spirituelle, ce qu’est cette matière.

Qu’est-ce que l’intelligence ? Ecartons d’emblée toute démarche d’intellectuel puisque, selon François Bluche, « pour l’intellectuel, l’intelligence commence là où s’arrête le bon sens ». Nous ne progresserons pas plus avec Marcel Achard, pour qui « il vaut mieux se tromper avec tout le monde plutôt que d’être intelligent tout seul ». En revanche, Emmanuel Kant nous aide à faire un pas vers la compréhension de cette notion : « On mesure l’intelligence d’un individu à la quantité d’incertitudes qu’il est capable de supporter ». Ainsi, intelligence et questionnement sont-ils indiscutablement liés. André Gide peut nous aider à trouver les réponses  : « Il faut de l’esprit pour bien parler, de l’intelligence suffit pour bien écouter ». De ce point de vue, l’intelligence peut se concevoir comme la faculté à trouver l’information et se l’approprier.

Oscar Wilde et Woody Allen dans le bateau du big data

Cette notion centrale d’intelligence étant éclairée d’un jour nouveau, appliquons notre méthode aux autres aspects de l’intelligence économique (IE). Nous l’avons vu, la notion de source est cruciale et c’est ce que confirme James Northlake quand il dit que « les gens instruits sont les citernes du savoir, pas ses sources ». Néanmoins, au-delà de sa fonction de citerne, le praticien de l’IE doit faire preuve de synthèse et de discernement. La remarque d’Oscar Wilde, qui considérait qu’il vivait « dans un siècle qui lit trop pour être informé », reste d’une cruelle actualité.

Puisque l’IE est affaire d’information, se pose alors la question de sa surabondance au travers de la notion de big data. Il est probable que nous verrons se développer dans les prochaines années l’intelligence artificielle (« le contraire de la bêtise naturelle », pour Woody Allen) et les différents outils informatiques permettant le traitement analytique complexe de grandes masses de données. Espérons que le consultant en IE ne se retrouve pas alors dans la situation du chercheur de Jean Magady Peter, pour lequel « la plus grave des décisions à laquelle [il] risque d’être confronté, c’est d’avoir à acheter la machine mise au point pour le remplacer ».

Notre lanterne ayant indubitablement été éclairée par les grands esprits d’antan, reste à méditer ce dernier aphorisme : « La faculté de citer est un substitut commode à l’intelligence »  (Somerset Maugham).

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