La French Tech, un pan du soft power français

Le numérique à la française se valorise bien. Les levées de fonds dont bénéficient les start-ups hexagonales atteignent des montants colossaux qui leurs permettent de se faire connaître à l’étranger et de faire rayonner la France et son savoir-faire.

Crédits : Christophe Pelletier (CC BY-NC-SA 2.0)

Crédits : Christophe Pelletier (CC BY-NC-SA 2.0)

L’intelligence économique implique des actions d’influence et de notoriété. Or le soft power, concept développé par Joseph Nye, désigne justement la puissance d’influence, de persuasion d’un acteur auprès d’autres acteurs de manière non coercitive. Exercer son soft power, c’est donc faire de l’intelligence économique. Et la French Tech est justement devenue un soft power.

Le label a bonne presse car il bénéficie d’une volonté des acteurs privés et publics de mettre en avant, tant sur la scène nationale qu’internationale, l’ampleur de ses atouts. Une union du public et du privé est la condition sine qua non d’un soft power efficace. Outre le fait que le label dispose d’une enveloppe de plusieurs centaines de millions d’euros accordée par l’Etat afin d’aider ses représentants à se développer et à convaincre, on constate une synergie dans le discours. Ainsi le ministre de l’Economie Emmanuel Macron et une centaine de start-ups françaises se sont-ils rendus au Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas, le plus grand salon de l’innovation technologique, afin d’accorder une grande visibilité au label… et donc à la France.

Beaucoup de médias américains, dont le Washington Post, en ont parlé. Le label a donné un coup de pouce aux ventes de produits connectés tandis que les partenariats avec les grands comptes se nouent de plus en plus : le label affirme qu’en 2014, 43% du chiffre d’affaires des start-ups numériques ont été réalisés à l’international tandis que Cisco a par exemple investi 100 millions d’euros dans la French Tech. John Chambers, président du conseil d’administration de Cisco Systems, primé par le Time Magazine comme une des « 100 personnes les plus puissantes du monde », a même déclaré au sujet de la transformation numérique française portée par le label que la France représente « The next big thing ».

Un territoire qui attire les centres de R&D étrangers

La French Tech doit une partie de son succès à son écosystème, notamment en matière de financements. La Caisse des Dépôts ou la Banque publique d’investissements constituent des piliers de l’investissement dans l’innovation. Une innovation à la française qui découle d’un savoir scientifique et d’un savoir-faire dont la France peut se targuer puisque les ingénieurs français sont très réputés. Et grâce au Crédit d’impôt recherche, les ingénieurs de R&D en France coûtent moitié moins qu’au sein de la Silicon Valley. Aussi les start-ups ont-elles tendance à garder leurs ingénieurs en France, des pôles R&D de grands groupes vont même jusqu’à s’y établir, comme Facebook qui a installé son laboratoire de recherche en intelligence artificielle à Paris ou Samsung et son Strategy & Innovation Center, tandis qu’Intel a inauguré son centre de recherche sur le big data dans l’Essonne.

Le pouvoir de séduction grandissant des start-ups et de ses ingénieurs témoigne d’une chose, la culture du risque prend en France, l’entreprenariat se développe. En somme, une révolution culturelle est en cours, et peut-être qu’à terme, la French Tech sera l’argument qui aura fini de convaincre les cerveaux du monde entier qu’il fait mieux vivre en France qu’au Royaume-Uni et en Allemagne (il serait présomptueux d’évoquer les Etats Unis et l’Asie). Selon le cabinet EY, l’Hexagone comptait en 2014, 27 centres de recherche et développement, contre respectivement 72 et 47 pour nos voisins anglo-saxons et germaniques.

R.A.S

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